LE FLOU …. hein ???

Coraline B : Chaque mois, Caroline Cuinet nous lance un défi photographique sur le collectif Narrateurs de vie. Et ce mois-ci, je peux vous dire qu’on a bien cogité, on a beaucoup rigolé et on a tous surtout bien avancé. Parce-que derrière chaque défi relevé, se cachent de beaux apprentissages. Et aujourd’hui, je voulais vous parler de ce que tout ça m’avait apporté. Enfin, NOUS avions envie de vous en parler. Parce-qu’on a suivi le même cheminement ce mois-ci et qu’on s’est bien marrées, on avait envie de co-écrire cet article. Je vous présente donc ma talentueuse co-équipière du jour : Caroline Liabot, de Elles et Eux Photographie! :

Caroline L : Nouveau mois, nouveau thème sur le « Collectif Narrateurs de Vie », nouvelles interrogations! De l’encre a coulé, des cheveux ont été arrachés (ou presque), beaucoup de fou rires au cours de ce mois-ci mais aussi et surtout de belles découvertes! Coraline Berrat, photographe (dont j’admire le travail depuis très longtemps) et moi avons parcouru le même cheminement au cours du mois. Ainsi, nous avons décidé de co-écrire cet article sur notre vision du flou !

Première étape, la découverte du thème et nos interrogations

Caroline L: Quand j’ai découvert le thème du mois, je me suis dit « Qu’est ce c’est que ça? Le flou? … le flou ça veut dire que c’est raté et ça part à la poubelle,voilà! » Au fur et à mesure de la journée, je voyais les commentaires réjouis d’autres photographes, je me suis dis que je passais clairement à coté de quelque chose, mais sans comprendre quoi. Ainsi, j’avoue mon soulagement quand certains autres collègues ont eux manifesté leurs propres interrogations, ils se reconnaîtront! De là, une atmosphère assez taquine s’est installée et beaucoup de blagues ont fusé! OUF, je n’étais pas la seule à « être au fond de la classe »

Coraline B: Le premier jour de Février, lorsque j’ai découvert le défi du mois j’ai hésité entre défaite prématurée, (genre j’y arriverai jamais, voire même, je ne comprend pas que ça puisse exister). Et quand même l’envie d’essayer. Ah ah, oui, ce thème avait le don jusque-là de me hérisser les poils. Puisqu’un peu psychorigide de la netteté parfaite… :p Caroline nous proposait ce mois-ci, d’explorer, attention…. le flou ! Oui, le flou !

Donc vous ne serez pas étonnés de ma première réaction, comme ça, à chaud… le flou ? Nan mais le flou, c’est quand c’est raté !! Quand je n’ai pas choisi la bonne vitesse d’obturation, ou quand j’ai manqué ma mise au point. Franchement, le flou, il va direct à la poubelle. Voilà ce que je me disais le 1er février…

Deuxième étape : trop curieuses pour ne pas essayer.

Coraline B. Comme j’aime bien les challenges, je me suis mise à y réfléchir. Je pense qu’il y a partout de bonnes raisons d’apprendre et de progresser, alors j’ai eu envie de tenter.

J’ai commencé par regarder ce que j’avais dans mes photos déjà prises, qui pouvaient correspondre au thème. J’ai choisi une image que j’avais gardée malgré une vitesse un peu lente. Le flou n’y était, au moment de la prise de vue, pas volontaire. Et pourtant cette image dégage quelque chose que j’aime beaucoup.

Caroline L: Bon ok, je ne saisis toujours pas le concept du flou, son pourquoi, mais j’essaie quand même. La seule chose que cela m’inspirait c’était de mettre en scène le sentiment de perplexité face à ce thème. Équipée de mon trépied, j’avais envie d’illustrer tout ça. Une série de photos d’auto portraits est ressortie, et m’a un peu bouleversée. Sans le savoir, je venais de créer une image à laquelle je réfléchissais depuis longtemps pour illustrer certaines périodes d’anxiété vécues quelques années auparavant. Ce fût une étape importante: le flou prenait finalement du sens. Cependant, après quelques jours de pause suite à cette série, je ne voyais toujours pas comment passer à l’étape d’après …

Troisième étape : l’observation et la prise de conscience

Caroline L: « Le flou dans la vie c’est quoi? » Question posée par Caroline Cuinet pour me donner des pistes de réflexion. Ben justement: c’est quoi ? Et si je mettais l’appareil de côté le temps de me laisser porter, de réfléchir plus posément. Et si je revenais aux basiques: le travail premier du photographe est d’observer, d’absorber ce qui l’entoure. Raconter le quotidien, le sublimer, c’est ce qui m’anime, alors j’allais observer autour de moi et laisser tomber les idées préconçues sur le flou. On verrait bien ce qu’il se passerait!
Je n’ai pas eu besoin de chercher bien loin … les joies d’être maman de deux jeunes enfants ! La réponse était devant moi. Une première photo illustrant une crise de jalousie autour d’un jouet à déclenché le reste. Comme si doucement, une créativité nouvelle était en train de s’opérer.

J’étais déterminée à trouver du flou autour de moi, et je voulais du flou par la matière : un flou qui ne soit pas technique, accidentel…les longs jours de pluie du début des vacances m’ont donné l’opportunité d’illustrer ma réflexion !

Coraline B Le débat est lancé, les idées dansent dans ma tête, la réflexion est en marche. On échange beaucoup sur le collectif Narrateurs de vie, chacun peut y dévoiler sa façon d’interpréter le flou. On avance. Chacun. Ensemble.

Je commence à me dire que le flou pourrait traduire le mouvement. Que je ne suis pas obligée de le figer, le mouvement, justement. Laisser la vitesse s’imprimer. S’exprimer. Alors je commence à tester. Une vitesse un peu lente, juste ce qu’il faut pour figer la scène et laisser le mouvement s’exprimer. Le flou apparaît alors. Il raconte une histoire. Il m’aide alors à retranscrire l’ambiance de ce moment. Waouh, il peut faire ça le flou ? C’est génial !!

Et même le flou là où on ne l’attend pas. Juste pour montrer un détail. Celui qu’on n’aurait pas vu, si la netteté avait été ailleurs. Le flou pour décrire, pour vous montrer ce que je vois, moi.

Quatrième étape : Découverte du freelensing

Coraline B Alors je continue. Et là, je réfléchi à d’autres manières de faire vivre le flou. Je pense alors à une technique que j’avais testée vite fait, mais vite abandonnée également, il y a très longtemps. Une technique un peu dingue. Le freelensing. Cette technique qui vise à déconnecter ton objectif de ton boitier, et à obtenir alors des images avec une zone de netteté complètement revisitée et surtout un beau flou très artistique. En tous cas, moi je l’aime, le flou du freelensing. Esthétiquement je le trouve doux et beau. Donc comme je l’adore, c’est parti mon kiki, en route pour des tests… de fou. Oui, carrément. Parce-qu’avec un objectif qui n’est pas fixé au boitier, ben forcément, on a un peu les chocottes, hein ! Alors on prend une grande inspiration. On prend son temps. Surtout, on ne s’énerve pas !! Et on essaye. Encore. Encore. Encore et encore. On échoue. Encore et encore. Et une fois de temps en temps on en a une de bonne. Et je me dis que quand j’en réussirai une qui sera à la hauteur de celles que j’ai ratées, eh bien elle sera trop canon !! Donc je continue. Avec le freelensing, le flou peut être esthétique. Juste être beau à regarder. Mais il peut aussi nous aider à retranscrire une ambiance. Renforcer la douceur d’un moment, d’un caractère, d’une lumière.

Et parfois (même souvent!), quand on apprend, quand on essaye, eh bien ça ne fonctionne pas, il y a des ratés. Mais de ça, peut naître quelque chose de beau. Par exemple avec cette photo, c’est un freelensing raté, puisque là, tout est carrément flou. Avant ce défi, j’aurais mis cette photo à la poubelle sans sourciller. Mais finalement, je me suis arrêtée là, sur ce que cette image dégageait. Cette fois-ci, le flou apportait une douceur folle. Il retranscrivait parfaitement cette lumière et ces couleurs que j’aimais tant ce jour-là. Si j’avais su les peindre, c’est peut-être comme ça que je l’aurais fait finalement. Alors oui, le flou m’aide une fois encore à parler d’une ambiance et de ce que moi, j’ai pu ressentir ce jour-là.

Caroline L : D’abord, le free lensing, qu’est ce que c’est ça ? Aujourd’hui encore je ne saurais pas vraiment exprimer la technique car je suis encore en phase d’apprentissage. Âmes sensibles, s’abstenir La technique veut que l’objectif soit détaché du boitier, pour créer une zone de flou très prononcée, tout en gardant une zone nette…ou pas? je suis curieuse de lire la définition qu’en fera Coraline! Mais au final peu importe la définition; c’est une technique qui permet de donner une douceur aux images, un flou peu ou très prononcé, et une façon de donner encore un autre sens aux images. J’en avais souvent entendu parler mais jusque là n’avais pas pris le temps d’aller plus loin. Après lectures de nombreux articles, et marquée par d’incroyables images réalisées avec cette technique, je me suis lancée! Oh boy, quelle aventure!

J’ai d’abord essayé sur mon plus jeune fils, mais il bougeait tellement vite que je me suis dit qu’il valait mieux essayer sur la nature, afin de mieux comprendre. Le jardin de ma maman a été photographié sous tous ses angles.

Une fois que j’avais compris la distance à tenir par rapport à mon objectif, je suis repartie courir après mon fils, et là j’ai commencé à bien m’amuser!Bien sûr, comme dans tout apprentissage, il y a beaucoup, énormément de loupés pour une seule photo réussie. Mais peu importe!

Le flou venait enfin exprimer de la douceur, du détail. la nostalgie du temps qui passe trop vite, l’envie d’une maman de collectionner tous les petits détails de cette enfance si éphémère.

Quelque chose de fort, presque d’intime pouvait être exprimé grâce au flou, quelque chose que je n’arrivais pas à créer jusque là. C’est comme si d’un seul coup une porte s’ouvrait vers un autre monde, plein de belles opportunités!

Cinquième étape : le plaisir

Caroline L J’adore ce sentiment de découvertes, d’apprentissage, celui ou on sait qu’on a plein de nouvelles pistes à explorer! Ce thème me permet de m’amuser, il faut dire que l’encre coule à flots sur le blog. De plus, il y a beaucoup de partages, d’échanges. Une communauté se forme autour de ce thème, c’est vraiment sympa! Par ailleurs, ma quête du free lensing continue, celle du flou aussi! Tout moment de vie est propice à déclencher l’appareil photo. La prise de risques (pour mon objectif) est parfois un peu trop poussée, comme à la plage, au dessus de l’eau, ou au milieu du sable…mais j’y ai pris goût et j’y reviens très vite! Ce thème est venu bousculer mes idées très arrêtées sur le fait que le flou n’était jusque là synonyme que d’accident ou de « déchet ». Ma vision en tant que photographe s’est considérablement élargie, ma technique aussi. Je suis de celles qui croient que la technique doit être au service de la créativité. Maîtriser la technique s’est ensuite pouvoir s’en affranchir et libérer l’artiste ! Alors, en conclusion: le flou c’est quoi ?

Coraline B : Ce plaisir de l’apprentissage. De la découverte. Des nouveaux horizons, des nouvelles possibilités qu’il nous offre. Apprendre, pour maitriser. Et ensuite se sentir libre d’utiliser une nouvelle technique, une nouvelle façon d’envisager les choses. Mettre ce qu’on a appris au service de notre créativité. Parce-que être photographe, c’est transformer en images ce que l’on voit et surtout ce que l’on ressent. Apprendre à voir, à chercher, à créer le flou m’ouvre un champ de possibilités supplémentaires pour exprimer ce dont j’ai envie. Et ça c’est magique.

Pour terminer…

Caroline L : En conclusion, au bout d’un mois, si je devais définir le flou… Le flou: c’est un sourire, c’est la vie, le quotidien. A travers le flou on exprime nos sens: une odeur, la vision, le toucher, le goût…c’est personnel, subjectif. Le flou, c’est aussi la vie, l’énergie, le fun…

Le flou, c’est un instant de vie saisi au passage, un moment furtif, un de ceux qui ne durent qu’une seconde mais qui donne la chair de poule pour toujours. C’est raconter un secret même plus qu’une histoire, c’est quelque chose dont on dévoile juste assez mais sans trop en montrer, par pudeur ou par volonté, une phrase que l’on dit à demi-mots.

Il appartient maintenant à chacun de nous de lui donner le sens qu’on veut !

Coraline B : En ce mois de Février, j’aurais donc beaucoup pensé, parlé, voire même rêvé flou et freelensing. J’y ai vu la beauté. Au delà de ce que mes yeux voyaient, surtout la beauté de ce que je ressentais. J’y ai vu de la matière, de la texture. J’y ai senti des ambiances particulières, des moments un peu suspendus. Le flou m’a fait un peu grandir. Je croyais que je ne l’aimais pas. Finalement je me suis rendue compte de ce qu’il pouvait m’aider à dire, à montrer. Qu’il pouvait être mon meilleur allié pour mettre quelque chose en valeur. Je suis une amoureuse des profondeurs de champ très courtes, alors finalement le flou est déjà très présent dans mes images. Il était déjà mon ami. C’est juste que je ne le savais pas. Le flou peut aussi parler de mouvement. Il peut danser, sauter, voler. En fait, il peut nous montrer que nous sommes en vie. Fabuleux, n’est-ce pas ?

Et finalement, ce que je retiens, c’est que le flou sera interprété, ressenti, retranscrit d’autant de manières différentes qu’il y a de personnalités, de sensibilités. En fonction de ce que nous avons envie de dire, de montrer, nous utiliserons tel ou tel outil, telle ou telle technique. Peu importe. C’est ce que nous en faisons qui compte vraiment.

Retrouvez cet article sur le site de Caroline, Elles et Eux Photographie,

et sur le blog du Collectif Narrateurs de Vie, avec les photos du collectif que nous avons sélectionnées. Allez voir ça, il y a de très belles images!! 🙂

 

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[…] * Pour retrouver l’article de Coraline sur son site c’est par ici : http://coralineberrat.com/le-flou/ […]
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